• Une histoire d'images - Naeri

    Voici le texte que j'ai écris pour le concours de Naeri. N'hésitez pas à me donner votre avis.

    Bonne lecture.

     

    L'enfant des rues.

     

    Une histoire d'image - Naeri

     

    Evan était un enfant des rues. D'aussi loin que ses souvenirs remontaient, il avait toujours dormi sur un petit carton pour garder sa chaleur, et observé les étoiles en attendant que le sommeil le rejoigne.

    Et aujourd'hui, a vingt ans, peu de choses avaient changé.

    L'hiver était déjà bien installé, mais le froid ne l'atteignait presque pas. Son organisme avait eu le temps de s'habituer aux températures extérieures, quel que soit le temps, mais il faut dire que son épais gilet fourré lui apportait la chaleur nécessaire pour affronter la saison.

    La faim ne le tiraillait que rarement grâce à ses jolis yeux bleus, la boulangère ne résistait jamais à son regard, et ne pouvait s'empêcher de succomber à son charme un peu plus chaque jour. Cette merveilleuse femme lui offrait quotidiennement un sandwich digne de ce nom, avec autant d'ingrédients que possible, pour 'qu'il ne s’amaigrisse pas' disait-elle. Et parfois même, elle lui permettait de se doucher dans l'appartement du dessus, pendant que ses vêtements passaient à la machine à laver.

    Non, Evan n'avait pas le droit d'être malheureux. C'est ce qu'il se disait tous les jours, comme aujourd'hui, en entrant dans la boulangerie. Milles odeurs l'accueillirent, celle du pain chaud, des viennoiseries, des mignardises, et de toute autre chose qu'il ne connaissait même pas. Il se munit de son plus beau sourire lorsque ses yeux rencontrèrent celle de la gérante. S'il n'avait pas été si buté, il aurait sûrement pris les devants pour l'embrasser. Mais la vie ne lui avait pas permis de goûter à cet amour là.

    - Bonjour Evan !

    - Julia, salua-t-il poliment.

    Les yeux de la jeune femme brillaient tandis qu'elle lui tendait son sandwich du jour avec entrain. Elle était si heureuse de lui rendre service chaque jour, qu'il ne tentait même plus de décliner l'offre de temps à autre. C'est donc ainsi qu'il se saisit de la nourriture offerte, effleurant légèrement les doigts de la jeune femme, sentant même l'anneau doré qui décorait son annulaire.

    - Merci beaucoup, Julia.

    Comme d'habitude, la boulangère lui offrit son discours sur la normalité de cet acte, sans qu'il ne prenne vraiment l'attention de l'écouter, il s'en était depuis longtemps lassé.

    Quelques mots furent échangés, mais rien de plus que des formalités, et rapidement, il quitta la chaleur de la boutique pour se faire happer par le vent glacial de janvier.

    Une forte inspiration rafraîchit ses narines, et satisfit ses poumons. L'hiver était définitivement sa saison préférée. Le froid, l'ambiance des fêtes, la 'chaleur' de la ville encore décorée de milles lumières, rien de mieux que d'observer le visage des enfants qui testaient joyeusement leurs cadeaux de Noël.

    Mais ce matin là, ce n'était rien de tout cela qu'il cherchait.

    D'un pas léger, il se faufila de rue en rue, évitant au mieux la foule qui n'appréciait pas toujours la proximité avec un SDF, et adopta un air détaché, alors qu'intérieurement, une petite nervosité l'agitait.

    Ses pensées ne cessèrent de le tourmenter un peu plus à chaque pas effectué, alors qu'il approchait de son but lentement, et tentèrent de lui faire faire demi-tour, sans qu'il ne s'y résolusse.

    Et enfin, il la vit.

    Cette petite rue sombre et étroite, à peine remarquable dans l'ombre, juste assez grande pour laisser passer une silhouette. Evan n'avait jamais compris la nécessité d'un si petit espace, où même une poubelle ne pouvait être glissée.

    S'installant discrètement face à celle-ci, il observa l'être qui l'habitait.

    Un adolescent. Maigre, et si pâle qu'il lui inspirait la bienveillance, et une attraction si unique.

    Longtemps, ses chers 'amis' s'étaient moqués de lui. Lui, le Evan qui affirmait toujours que celui qui protégeait ne pouvait que perdre. Quelle ironie, l'époque de ces dires semblait bien lointaine à présent que de réels sentiments l'attachait à un simple inconnu qu'il n'avait jamais approché.

    Le jeune homme dormait encore sous sa couverture miteuse, c'est pour cela qu'il s'en approcha. Sa respiration était lente, et son visage était détendu de toute émotion. Son petit nez légèrement retroussé était rosi par le froid, de même que ses joues normalement si blanches. Ses cheveux blonds retombaient sur ses paupières qui cachaient ses yeux bleu-gris pour lesquels Evan avait fondu.

    Ce dernier n'hésita pas une seconde à couper son sandwich en deux, déposant la plus grosse part à côté du visage de l'adolescent endormis. Puis, avec un dernier regard, il quitta discrètement la petite ruelle.

    Il savait déjà qu'il reviendrait le surveiller, ce jeune qui n'était là que depuis deux mois.

    *

    Au milieu de la nuit, Evan fut réveillé par une désagréable vague de froid. Son corps ne cessait de trembler, attaqué par le vent glacial de la saison. Il soufflait tellement fort que son visage lui brûlait, même ses yeux s'humidifiaient, menaçant de libérer quelques larmes. Cet hiver là était coriace, et les températures actuelles ne cessaient de chuter, se situant bien en dessous des températures moyennes de saison.

    Mais ce n'est pas de cela dont il se préoccupa.

    Quelque part au fond de lui, une sensation désagréable paraissait le ronger. Comme un mauvais pressentiment qui venait le tourmenter.

    De toute manière, il ne pouvait pas se rendormir par une température pareil, de peur de ne plus pouvoir se réveiller.

    Quelques minutes passèrent sans qu'il ne bouge de son carton, qui ne semblait plus pouvoir le protéger de la froideur du sol, et ses pensées ne cessèrent de tourner autour de ce pressentiment désagréable.

    Puis soudain, quelque chose s'actionna dans son cerveau.

    Se levant difficilement, les membres bien trop engourdis, Evan se débrouilla pour se précipiter entre les rues, abandonnant son campement sans surveillance au risque de le perdre. Les minutes lui semblèrent défiler trop rapidement alors qu'il cherchait son but avec empressement, luttant contre le froid et le vent qui l'attaquaient.

    Il tourna encore dans une nouvelle rue, une de celle illuminée par les bars encore ouverts et très fréquentés d'où la musique filtrait souvent, sans qu'il n'y prête réellement attention. Et enfin, celle qu'il recherchait apparut dans l'obscurité.

    Quelques pas, et il fut devant elle. Elle était plongée dans le noir, dénuée de tout lampadaire, et il lui fallut encore une minute pour s'habituer à l'obscurité du lieu.

    Evan fut soulagé en voyant que la silhouette était encore là, mais ce sentiment ne fut que de courte durée.

    Le jeune homme âgée de dix sept années tremblait de tout son corps. Ses lèvres étaient tellement bleues, et sa peau tellement translucide, qu'il aurait cru que la vie l'avait quitté s'il n'était pas tant secoué par le froid. Ses sourcils étaient légèrement froncés, et son visage crispé prouvait son inconfort, cette souffrance intérieure que Evan comprenait tant.

    Sans hésiter une seconde de plus, l'aîné se précipita sur le plus jeune, se laissant tomber à ses côtés sur le sol. De ses doigts fébriles, il fit descendre la fermeture éclaire de son gilet pour le quitter, et recouvrit les épaules de l'inconnu du tissus rembourré. Et c'est avec délicatesse qu'il le prit tout contre lui, serrant de ses bras la silhouette si frêle de l'adolescent, et tentant de le réchauffer de sa propre chaleur.

    - Réveilles toi, réveilles toi !

    Evan n'ignorait pas la dangerosité d'un sommeil en hypothermie, et la peur ne cessait de ronger son estomac tandis qu'il frottait le dos de l'autre jeune homme de ses mains brûlées par le froid. L'angoisse lui prit la gorge lorsqu'une plainte trop faible franchit les barrières des lèvres de son semblable, mais d'un autre côté, il fut tout de même rassuré de l'entendre.

    Il ne sut pas combien de temps il resta là, assis à même le sol, à le garder dans ses bras. Mais les tremblements avaient diminué d'intensité, et cela le rassurait. Son propre corps semblait se réchauffer de la chaleur qu'ils se transmettaient, même si le sol continuait de lui faire ressentir le froid.

    Le temps s'écoulait lentement, si lentement que la nuit semblait interminable. Et le plus jeune n'était toujours pas conscient. Mais cette fois-ci, ce n'était plus la même chose.

    Son visage s'était détendu, et il paraissait plus apaisé que jamais. Ses traits s'étaient adoucis, sa peau semblait moins agressée par le froid, et ses lèvres avaient repris une couleur proche de la normalité. Il ne faisait que dormir, maintenant, et ses rêves ne semblaient pas le tourmenter.

    Les angoisses d'Evan se calmèrent à cette constatation. Toutefois, ce dernier ne se dégagea pas de cette étreinte. L'homme n'était pas près à l'abandonner encore une fois dans un froid si mordant, il préférait veiller sur le plus jeune jusqu'au levé du soleil.

    Le vent fouetta encore longtemps son visage, et alors qu'il fermait les yeux dans l'intention de stopper le picotement qu'il ressentait, il glissa à son tour dans les bras de Morphée.

    *

    Ce fut un mouvement qui le réveilla. Un mouvement léger, mais percevable à travers son sommeil.

    Et quand il ouvrit les yeux, la première chose qu'il vit fut le visage, bien trop proche, de l'adolescent sur qui il veillait depuis une soixantaine de jours. Ses yeux étaient encore clos, mais Evan devina sans difficulté qu'il n'en serait pas ainsi pour longtemps.

    Délicatement, il brisa l'étreinte qu'il offrait toujours au jeune homme, s'éloignant doucement, presque à regret, mais au fond de lui il savait qu'il reviendrait. L'hiver était loin d'être terminé.

    Quand il fut sur ses jambes, il le contempla encore une fois, détaillant ce corps bien trop fin, bien trop fragile, encore enveloppé dans son propre gilet. Il ne le récupéra pas, se disant que cet inconnu en avait bien plus besoin que lui, alors qu'au fond, il savait bien qu'on ne pouvait passer un hiver vêtu seulement d'un pull fin rongé par les mythes.

    Silencieusement, il prit la direction d'une autre rue, s’imprégnant du soleil déjà haut dans le ciel, avant stopper sa marche brusquement, au son d'une voix encore jamais entendue.

    - Attends.

    Une voix roque encore remplie de sommeil.

    Se retournant lentement, Evan fut devant celui qu'il n'avait jamais osé affronter. Celui qui l'avait toujours troublé. Celui qu'il avait tant surveillé.

    Le temps sembla se suspendre alors que leurs yeux se détaillaient, et en observant le regard du plus jeune, Evan su qu'il avait deviné qui il était. 'L'aidant'.

    Et sans qu'il ne se rende compte, le jeune homme fondit dans ses bras, le serrant aussi fort qu'il le put alors que ses yeux semblaient prêts à libérer quelques larmes.

    - Merci !

    Ce ne fut qu'un murmure, mais ce fut suffisant.

    Evan n'avait jamais été aussi heureux de partager une étreinte.

     

    Sasha.


  • Commentaires

    1
    Mercredi 1er Février à 16:03

    Pour tout dire, ton texte me laisse perplexe. Je ne sais que en penser ;) 

      • Mercredi 1er Février à 16:22

        Ah bon ? Qu'est ce qui ne va pas dans celui ci ? :)

        En tout cas, merci pour ta sincérité et ton petit commentaire ! ^^

      • Mercredi 1er Février à 18:40

        J'aime beaucoup mais la fin me laisse un peu sur ma faim... Je trouve qu'il manque quelques phrases de fin... Mais l'histoire est tellement mignonne et l'écriture si jolie...

      • Dimanche 5 Février à 10:03

        Merci Nienor ! Haha à toi d'imaginer la suite ;)

    2
    Jeudi 2 Février à 19:43

    Je ne sais pas si c'est quelque chose qui ne va pas mais en fait, j'ai pas trouvé ça crédible ; je serais pas trop expliquer pourquoi. Ton style est agréable et tout et l'histoire en soi est mignonne mais ouais, j'accroche pas... C'est étrange, ça me laisse sur un sentiment que je n'avais jamais expérimenté avant OO

    J'espère que je t'ai aidé

      • Jeudi 2 Février à 20:41

        J'ai relu, et pourtant les éléments sont cohérents... enfin pour moi ça l'est. Bien sûr, on est sur du fictif et dans la vie réelle l'entraide n'est pas toujours ainsi entre SDF, un enfant ne peu vivre dans la rue, et les boulangères n'offrent pas ainsi des sandwichs. Mais j'ai voulu écrire la dessus parce que c'est dans l'actualité.

        En tout cas, je prends note de ton commentaire, j'essaierai d'étudier mon texte de nouveau avec plus de profondeur, mais je ne sais pas si j'en tirerai quelque chose d'autre. Mais si jamais tu trouve ce qui ne te plaît pas vraiment, n'hésite pas à me le dire !

        Merci pour ta sincérité ! ;)

      • Samedi 4 Février à 18:00

        Je ne sais pas si c'est dans la cohérence que je ne trouve pas ça crédible... J'essaie d'y réfléchir ;)

        De rien :)

    3
    Vendredi 3 Février à 23:03

    C'est vraiment beau ! On assiste au quotidien difficile d'Evan qui n'a presque rien pour vivre, et malgré l'aspect solitaire qu'on attribue aux personnes qui veulent survivre, Evan vient généreusement en aide à un plus faible que lui. Comme d'habitude, ton écriture est vraiment agréable à lire ^-^

      • Samedi 4 Février à 09:26

        Merci beaucoup ! Je suis contente qu'il te plaise, j'avais vraiment envie de vous faire plonger dans un autre monde de ceux dont j'ai l'habitude de décrire. Une vie différente de la notre.

        Ça me fait vraiment plaisir ! Merci pour ton commentaire ! ^^

      • Samedi 4 Février à 10:58

        De rien x) !

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